La connaissance
La connaissance
vient au guerrier en flottant,
comme de la poudre d'or fine,
la même poudre qui recouvre les ailes des papillons de nuit.
Ainssi,
la connaissance arrose le guerrier
comme une plui de fine poudre d'or sombre.
Le pouvoir repose sur le genre
de savoir que l'on possède.
A quoi bon
engranger des connaissances?
Elles ne nous aiderons pas lors de notre inévitable rencontre
avec l'inconnu.
Toute bribe de connaissance
qui devient pouvoir,
a la mort comme force centrale.
La mort donne la touche finale,
et tout ce qui est touché par la
mort devient pouvoir a sont tour.
ex : A l’époque, Nassrudin travaillait en tant que passeur. Un
jour, il embarqua un érudit dans son bateau. Alors qu’il écoutait
attentivement le bavardage du Hodja, le savant remarqua quelques
erreurs de grammaire et lui demanda : « Dis-moi, Hodja, n’as-tu
jamais apprit la grammaire ? » « Non » « Quel dommage ! Tu as
gaspillé la moitié de ta vie » Nassroudin resta silencieux. Après
un certain temps il demanda : « Grand Sage, savez vous nager ?
» « Non » répondit le professeur. « Quel dommage, vous avez gaspillé
toute votre vie…maître, le bateau coule
La mort
est ce qui nous pousse à croire. Sans la conscience
de la mort, tout est commun et insignifiant.
C'est parsque la mort le traque qu'un
guerrier doit croire que le monde
est un mystère insondable.
Pour un guerrier, devoir croire de
la sorte est l'expression de sont libre
arbitre suprème.
(Don Juan :)
" Notre condition d'homme implique qu'il faut que nous apprenions,
pour le meilleur ou pour le pire.
J'ai appris à voir, et je te déclare
que rien n'est réellement important.
[...]
Un homme de connaissance vit en agissant,
et non en pensant à agir, et encore moins en pensant à ce qu'il
pensera lorsqu'il aura fini d'agir.
Un homme de connaissance choisit
un chemin-qui-a-du-coeur
et le suit.
Alors il regarde, se réjouit, et rit. Puis il voit et sait. Il
sait que sa vie se terminera bien trop tôt.
Il sait qu'il ne va
nulle part, comme tous les
autres. Il sait, parce qu'il voit, que rien
n'est plus important qu'autre chose.
Autrement dit,
l'homme de connaissance n'a
ni honneur, ni dignité, ni famille, ni nom, ni patrie, mais seulement
une vie à vivre, et dans de telles circonstances son seul lien
avec ses semblables est sa folie
contrôlée.
Par conséquent un homme de connaissance
entreprend, sue, s'essouffle, et, aux yeux de tous il ressemble
à n'importe quel homme.
Mais il s'en différencie parce qu'il contrôle
la folie de sa vie.
Rien n'étant plus important que n'importe quoi d'autre, un homme
de connaissance choisit n'importe quelle action, et la réalise
comme si elle lui importait.
Sa folie contrôlée lui fait dire
qu'il attache de l'importance à ce qu'il fait, le fait agir comme
si chaque action en avait vraiment, et cependant il sait qu'elle
n'en a pas.
Ainsi lorsqu'il a accompli ses actions, il se retire en paix.
Que ses actions
aient été bonnes ou mauvaises, réussies
ou non, ne le concerne en aucune façon.
" D'ailleurs,
un homme de connaissance peut choisir
de demeurer totalement impassible, de ne jamais agir, et de se
conduire comme si le fait d'être impassible avait pour lui réellement
de l'importance; cette attitude sera sincèrement vraie, parce
qu'elle sera aussi sa folie contrôlée.
"
TEXTE:
CARLOS CASTANEDA , LA ROUE DU TEMPS
- DESSIN: JJC - COMPOSITION : JADE copyright.