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- Alexandro Jodorowski - Bande Déssinée - La Vérité est au Fond des Rêves - |
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AccueilBIOGRAPHIEBIBLIOGRAPHIELA VERITE EST AU FOND DES RÊVESA.JODOROWSKI |
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L'HISTOIRE ...TEXTED'ALEXANDRO JODOROWSKIC'etait le 17 février 1990, à minuit, le jour de mon anniversaire. Le dernier : j'avais décidé qu'à compter de cette annee, j'aurais 60 ans à jamais. C'est ce moment précis qu'a choisi un jeune dessinateur, Jean-Jacques Chaubin, pour venir me voir avec son carton plein de dessins. De la science-fiction. Son travail portait la marque d'un réel talent, noyé dans un océan d'influences. Au milieu de ces illustrations, un portrait de moi, en diable. "Mon âme pour une histoire", me dit-il pour seule explication. Instantanément piégé par l'urgence et l'intensité de sa demande, j'ai accepté de collaborer avec lui. Mais ce jour-là, comme à chacun de mes anniversaires, j'étais fatigué d'inventer des histoires. Et j'ai pensé qu'un jeune homme pour qui son art est plus important que son âme devait oser aller plus loin que ses prédécesseurs, montrer comment chaque page est un développement personnel, un processus de transformation qui doit pouvoir emporter le lecteur. On dessine généralement une aventure ; pourquoi ne pas publier pour une fois l'aventure du dessin ? Pourquoi ne pas en finir avec ces intrigues au déroulement inexorable, ce modèle narratif où tout commence et se termine, où à l'énigme des premières pages répond inévitablement la solution du point final ? Pourquoi ne pas construire un monde de rêves, où les événements se produiraient en dehors du temps, dans un espace à géométrie variable et selon une conscience qui nierait toute logique? A travers ces rêves devait apparaître l'invisible vérité . Je ne voulais pas raconter une histoire, je ne voulais pas être l'ecrivain, mais assumer le rôle que Chaubin m'avait assigné dès notre première rencontre : celui d'un diable qui lui propose des exercices où il risque son âme. Et l'aventure a commencé. Cet album en est la trace résultante, le produit d'une expérience qui a duré trois ans. Une oeuvre de longue haleine qu'explique la condition sine qua non de ce travail : une fois donné mon thème au dessinateur, il devait le garder à l'esprit en permanence, jusqu'au rêve qui lui donnait la solution. Chaque page de cet album a été rêvée.
Premier exercice : "Rentre chez toi et souviens-toi du premier rêve sexuel que tu feras". C'est l'histoire des Insectes. Second exercice : "Dessine une angoisse qui mette en jeu tes émotions". C'est celle des Chiens. Troisième exercice : "Traite un sujet intellectuel sans énoncer aucune idée". C'est le livre du Yin et duYang. Quatriéme exercice : "Dessine un cauchemar purement digestif". C'est le rêve des Montres et du Chocolat. Avec lui s'est achevé le premier stade de l'expérience. Jean-Jacques avait donné corps à ses fantasmes sexuels, émotionnels physiologiques et intellectuels. Le moment était venu de faire le point sur la liberté qu'il avait acquise, je lui dis donc qu'il n'y aurait pas de cinquième théme. Il pouvait dessiner ce qu'il voulait. Chaubin confronté à l'angoisse de l'homme libre ! De cette angoisse est née "la lentille qu'il met dans son oeil", le cinquième rêve de l'album. Je lui ai ensuite proposé quatre lieux très banals, quatre cartes postales : l'Hôtel-Dieu, le Panthéon, les Catacombes et le ministère des Finances. Il devait en faire des pourvoyeurs de rêves, des endroits magiques et les mettre dans des situations telles qu'il aurait honte de montrer ses planches à sa mère. La deuxième étape de l'expérience s'est arretée là. Pour clore l'album et pour que la créativité de mon ami échappe à l'obscurité psychique pour atteindre la lumière de son âme, je lui ai alors demandé d'illustrer un de mes rêve lucides. Dans cette sorte de rêves, le dormeur est conscient qu'il existe dans un monde onirique. Il est capable d'agir sur lui et de le transformer. Au bout de l'expérience, Chaubin m'a montré sa dernière planche, je voulais bien sûr connaître les leçons qu'il avait tirées de l'aventure. je lui ai posé la question et il m'a répondu :"En premier lieu, je me suis libéré de l'ocean d'influences dans lequel je nageais. Graphiquement, j'ai affirmé mon style et mieux exploré mon propre univers. Mais, finalement, tout ça n'est que le fruit des profonds changements intervenus dans ma conscience. Et alors là..."
ALEXANDRO JODOROWSKY VINCENNES, aout 1992
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